THEME DE L’ANNEE 2018/19 : OÙ ALLONS-NOUS ?

Si le « où » interroge un lieu particulier, la question perd tout sens philosophique en devenant une question factuelle. Il faut donc que ce « où » désigne lui-même une question, qu’il soit en question, qu’il ne soit pas un lieu mais lui-même une question.

C’est la question du sens, au double sens de la direction dans laquelle nous allons, et de la signification de notre marche. Et pour que la question soit philosophique, il faut aussi qu’elle soit posée à cette première personne du pluriel, question d’une collectivité, d’une communauté ou d’une société dans laquelle celui qui questionne s’inclut ou tente d’inscrire sa réflexion et son action. « Où vais-je ? » n’a pas la même portée. Le pluriel implique en effet une dimension politique, ou encore eschatologique : c’est la question possible de la destination de l’humanité, de la fin de l’histoire.

De ce point de vue, la fin des grandes utopies et des idéologies politiques d’envergure (en particulier de l’idéologie communiste) a conduit à déserter cette question ou à penser qu’il valait mieux ne plus se la poser, comme si la prétention d’y répondre avait engendré une violence telle qu’elle a épuisé le goût de se la poser. Comme s’il fallait même oublier la question pour ne pas risquer d’avoir la tentation d’y répondre de telle manière qu’on soit reconduit aux folies meurtrières que ses réponses ont pu susciter.
Comme si, au fond, on avait contracté une peur, devenue atavique, de la question.

Pourtant ne pas y répondre ou ignorer qu’elle se pose peut-il nous prémunir contre le risque d’être entraîné dans les délires d’un constructivisme radical ou embrigadé dans une démiurgie qui déshumanise l’homme ? C’est pourquoi nous nous proposerons de relever le défi de la poser à nouveau et à frais nouveau dans le temps qui est le nôtre.